Analyse de vestes

Un petit message pour signaler un nouvel article sur le site. Il s’agit du premier de ce que j’espère être une série d’articles consacrés à l’analyse de la coupe de vestes que je trouve intéressantes. Ici, une veste sans col de Cary Grant qui m’a été signalée par Kane.

D’autres articles du même genre suivront prochainement, et j’espère pouvoir aussi en faire sur des vestes que j’aurai entre les mains et pas uniquement à partir de photos.

http://www.depiedencap.eu/spip.php?article129

:armataz-ec: C’est passionnant! J’attends les prochains épisodes avec beaucoup de curiosité.

Excellent Nishijin !

Dans le même ordre d’idée, toujours sur Cary Grant, et même si beaucoup doivent déjà connaître, voir l’analyse intéressante de R. Torregrossa sur le costume porté dans La mort aux trousses : http://www.richardtorregrossa.com/Cary-Grant-and-the-secrets-of-the-perfect…

Passionnants ces deux articles.
@ Nish pourrais-tu nous donner des exemples photographiques de la distinction entre “épaule classique” et “épaule moderne”
Merci Nish,
@ Kane " … a well-dressed man is never predictable"
jolie conclusion n’est-ce pas ?
Merci Kane

Attention, cette terminologie n’a rien “d’officiel”, ce sont les termes qui me sont venus à l’esprit pour mettre une légende sur mon schéma. Selon la période dont on parle, les termes “classique” et “moderne” pourraient désigner des choses très différentes. C’est aussi une typologie volontairement très simpliste (et donc trompeuse). N’allez surtout pas voir un tailleur en lui demandant une “épaule classique au sens de Nishijin”, il ne comprendra pas ce que vous souhaitez !

Exemples de ce que j’ai appelé “épaule classique” :

http://www.photo.rmn.fr/cf/htm/CSearchZ.aspx?o=&Total=500&FP=218467…

http://www.photo.rmn.fr/cf/htm/CSearchZ.aspx?o=&Total=500&FP=218467…

On voit que la tête de manche forme une “boule” qui suit le contour du deltoïde pour rejoindre l’épaule, qui s’arrête au niveau de l’acromion.

Des “épaules modernes” :

http://www.photo.rmn.fr/cf/htm/CSearchZ.aspx?o=&Total=500&FP=218467…

On voit que l’épaule est plus large, et que la tête de manche est beaucoup plus verticale (si on fait abstraction du roulé au niveau de la couture).

Une variante de l’épaule “classique” serait une tête de manche en gigot, avec un roulé très accentué pour loger le deltoïde et donner de l’aisance.

Dans l’article suivant, ce que le bloggueur appelle “épaule napolitaine” serait dans le domaine de mon “épaule classique”, alors que son “épaule romaine” (et parisienne) serait du type “épaule moderne”.
http://faubourgsainthonore.blogspot.com/2008/07/epaule-contre-paule.html

Je n’ai pas fait de recherches sur les périodes plus anciennes pour voir si “l’épaule moderne” pourrait avoir des ancêtres dans la mode du XVIIIe siècle ou des périodes précédentes.

Remarque en passant : je constate la même confusion de sens pour la terminologie (cette fois-ci attestée dans la pratique et la littérature) d’épaule “naturelle”. Selon la période dont on parle, il peut s’agir d’une épaule structurée en pagode, ou au contraire d’une épaule déstructurée et tombante…

Edit : j’avais oublié de mettre le lien vers l’article de blog auquel je me réfère :face_with_peeking_eye:

Oh, et puis justement à propos, deux exemples en réponse à Borelek dans mon article sur la transformation des épaules d’une veste :

épaule d’origine, type “moderne” :

Image

épaule transformée, type “classique”. On voit bien que la tête de manche est nettement plus arrondie (et cela se voit moins, mais l’épaule est un peu moins large, j’ai du la raccourcir d’environ 1,3 cm) :

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Oui, j’avais bien deviné. Il est terrible ce mot “classique”

merci pour toutes ces informations

Outre ses qualités cinématographiques pures, Indiscrétions est un film d’une grande richesse vestimentaire.
Encore Cary Grant vêtu d’une veste à col Ghillie ainsi que le nomment, me semble-t-il (je n’y mettrais pas ma main à couper), les anglo-saxons :

Image

C’est bien Cary Grant?

(source SF)

Ne serait-ce pas la même sur cette photo ?

A part ça, si les tailleurs de Cary Grant sont relativement bien connus, ce que peu de gens savent c’est qu’il fabriquait lui-même ses propres cardigans et pull-overs (et certaines de ses cravates en tricot). La preuve :

Bravo pour ce sujet, c’est très intéressant.

Suis pas fan de la veste sans col, mais il fautr bien reconnaître que sur lui, elle a de la gueule.

Sinon, j’observe que le contraste n’est pas très marqué entre la veste et le pantalon; as-tu une idée des couleurs réelles ?

Ah, et puis le costume rayé de Jimmy, derrière : :eek-1e6fb:

Intrigué par ce terme “ghillie” (qui pour moi désigne des chaussons de danse à lacet, ainsi qu’un type de chaussures inspiré par lesdits chaussons), j’ai cherché un peu (merci à Google pour son aimable et efficace collaboration).
Ce type de col semble effectivement être appelé aujourd’hui ghillie collar dans la version contemporaine de la langue de Walter Scott. Du moins, c’est ainsi que Michael Alden nomme le col de ses vestes-chemises, telles que sur ce fil de son salon londonien :

Je ne sais pas d’où vient cet usage du terme “ghillie collar” pour désigner ce qu’en français on nomme souvent “col requin”* , et qu’on trouve classiquement sur une chemise hawaienne :

Source : Wikimedia Commons. Merci à Antoine qui a accepté (à son insu) de jouer les mannequins pour DPEC.

A l’origine, le terme “ghillie” est une référence aux chaussons de danse écossais, les ghillies, qui se ferment avec un lacet (et je pense que l’étymologie de ce terme gaélique est assez amusante comme détournement progressif d’un mot qui finit par prendre un autre sens).

Source : Wikimedia

Ce col est en français tout simplement un “col à lacet”, tel que sur cette chemise écossaise

Source : Heritage of Scotland

ou encore sur ce modèle pseudo-médiéval :

Source : Les Etoffes de Camelot

  • Malgré les vives protestations de Laliquette, je n’ai toujours pas trouvé d’autre nom, le terme “col rabattu” me semblant plus générique… enfin, c’est lui l’expert, je devrais peut-être l’écouter de temps en temps :grin: A moins que ce ne soit un col Danton porté en le rabattant, tout simplement… Sauf que pour moi, le col Danton, c’est un col de veste, donc ça simplifie pas le lexique… :smiley202-1–276c:

Pour revenir au col de Cary Grant, je ne sais pas si c’est ou non un col ghillie, mais j’ai bien l’impression que c’est un classique col à cran ouvert qui est porté en refermant la veste très haut, sans doute en la retenant par une épingle à nourrice ou autre artifice donnant le même résultat.

En effet, le revers de la veste suit exactement la forme qu’on donnerait au revers classique d’une veste droite à 3 boutons. Il y a notamment une légère démarcation juste au-dessus du bouton, qui correspond sur un revers classique à l’endroit où commence le roulé du revers. On constate par ailleurs que le bord de la veste ne suit plus le droit fil à partir de ce point, et c’est exactement ce qu’on observerait sur un revers classique.

Par ailleurs (mais là c’est peut-être moi qui voit ce que je veux voir), il me semble en grossissant beaucoup qu’on discerne dans le drapé la direction du roulé du revers, qui est un endroit renforcé et qui marquerait légèrement si on ouvrait un revers d’une 3 boutons classique pour la porter comme Cary Grant.

Certes, mais bon, il triche. Sur lui, tout a de la gueule. C’est trop injuste.

Voui, c’est vraiment trop inzuste :nonnon16-244f:

Mais qu’est ce qu’il a de plus que moi, m… ? (qui a dit 60 cm ? :angry_face_with_horns: )

Et hop, un exemple histoire d’appuyer ma théorie. J’ai simplement épinglé le revers d’une veste 3 boutons. Le résultat n’est-il pas très proche ?

Source : Bibi.

Pour une chemise, on trouve parfois l’expression de col [ouvert] à la Byron. D’ailleurs, Sophie George donne comme traduction anglaise du col Danton - illustré au demeurant par un col de veste -, Byron collar ou encore napoleonic collar (Le vêtement de A à Z, éd. falbalas).

Une bizarrerie sur les chaussures de Cary Grant dans la Mort aux trousses.

C’est bien Cary Grant.
Dans His girl friday, de Howard Hawks.
Un film avec un rythme de claque-porte, où il joue un patron de presse insupportable et prët à tout pour réaliser un scoop… et récupérer son ex-femme, étant donné qu’il s’est pris une veste.

On dira ce qu’on veut, mais ce garçon sait ne pas dévier du sujet.

Chouette article de Nishijin, entre deux analyse au toucher de plexyglas :grin:
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:armataz-ec: Très intéressant Nish!
On en redemande! :bieraubeurre-26b3: