Voilà le dernier travail. Livré aujourd’hui à son propriétaire et son cheval bai qui a daigné poser quelques instants.
Il s’agit donc d’un bridon entièrement monté rond à l’exception de la petite lanière qui se combine sur la muserolle. On m’a souvent expliqué, selle mis à part, que c’est la realisation la plus complexe et longue qu’on puisse faire pour un cheval. Je confirme. ca été un cauchemar et ca represente une bonne semaine de boulot. A terme, je pense pouvoir m’en sortir en 3 jours mais c’est chaud.
Les ronds sont constitutés de bandes de cuir d’un peu plus de 3.5mm dans laquelle j’ai fait une gravure au tranchet de chaque côté. La bande est ensuite retourné, puis à l’aide d’une rainette, on creuse un sillon au milieu de l’epaisseur en anticipation du pliage. De là, on laisse tremper le cuir, puis on le pince pour le plier en deux. Une fois une pliure acceptable, on coud d’une gravure à l’autre de telle manière à ce que la couture soit totalement invisible à l’exception des extremités. En plus de tout cela, une fois que le cuir est mouillé, il y’a la contrainte de devoir travailler vite car on profitera de l’humidité après avoir passé les abats carres pour rouler chaque pièce sur une plaque de marbre et ensuite marteler tout ca. Et on obtient enfin une forme cylindrique assez parfaite. on imaginerait pas. De là, il y’a plus qu’à coudre les boucles, faire toutes les finitions, polir, vernir…bref c’est un sacré boulot.
Le problème c’est qu’il y’a des milliers de pièges et j’ai du recommencer certains composants une ou deux fois. Parfois on s’emballe sur le tranchet et la gravure est trop profonde, parfois on a voulu faire des points trop espacés et gagner du temps (faut un point d’environ 5mm pour avoir une certaine rigidité et solidité tout en evitant une pièce qui pourrait marquer ou blesser le cheval) parfois on coule un point, ou l’on place pas assez dans la gravure et on le devine. Et puis la couture des boucles demande un peu d’habitude dans ce montage. Et ne pas oublier les rennes dont l’avant est aussi monté rond.
Bref suis content de moi, c’est joli et reussi, mais c’était rude. Je l’ai bien vendu (environ EUR 1200) mais va falloir aller un peu plus vite pour les suivantes.
Quel boulot en effet! Je ne suis définitivement pas taillée pour faire ce type de pièces
Félicitations c’est magnifique, et j’admire retrospectivement le travail de prise de mesures sur la bête.
Quelle est cette matière blanche un peu grainée? J’aime bien.
Célia
c’est de l’elastique. tout ce qui a de plus affreux. il a un grain pour lui donner plus de tenue à la main. ca se coud à la machine ou à la main et dans tous les cas c’est ingrat car le grain t’inderdit de coudre droit. C’est le cavalier qui choisit. certains aiment ca (en blanc, noir brun etc) d’autres preferent des rennes en cuir avec des petits arrêts tous les 15 20cm. il y’a encore la version bredie qui fait quand même un peu cowboy dans nos contrées mais c’est un joli travail.
en fait c’est un revêtement en elastique. ca s’enfile sur le cuir. c’est censé être moins glissant que le cuir pour les mains du cavalier, du moins quand c’est neuf.
C’est impressionnant ! Dire qu’il n’y a pas si longtemps, j’aurais vu ça sans y porter la moindre attention, alors que maintenant je me demande comment tu arrives à faire un truc aussi complexe…
Pour la partie élastique (caoutchouc ?), je me demande s’il ne te serait pas possible de fabriquer un gabarit (un truc en bois, tout simple, avec des patins en teflon ou nylon pour que ça glisse sur les côtés), qui guiderait la pièce par les côtés, de façon à la maintenir bien dans l’axe et à faire une couture machine bien droite, malgré les picots qui font dévier l’entraînement…
Pour un coup d’essai, cela ressemble fort à un coup de Mestral Maître
Y a plus qu’à mettre la rubrique Equestre de ton site à jour
A combien s’élève le coût moyen d’un bridon tout à fait quelconque dans le commerce ? Il me semble que c’est aux alentours de 150 euros, non ?
Auquel cas, le différentiel entre l’industriel avec la mesure que tu proposes est tout à fait compétitif.
On serait sur un rapport de 1 à 8 alors qu’en matière de souliers le rapport Markowski/Delos est de l’ordre de 1 à 15.
Cela dit, s’agissant de produits différents, je veux bien croire que mon raisonnement n’est pas forcément très opportun.