1. Le moment de la journée importe-t-il pour un essayage ?
La réponse est oui. Le pied peut, selon le moment de la journée, la température ambiante ou encore d’autres facteurs, être plus ou moins gonflé. Evitez donc les heures matinales où votre pied sera un peu plus fin et les heures tardives où votre pied aura accumulé un peu d’eau et sera donc plus gonflé. De même, on peut trouver des différences de pointure lorsqu’on essaye en plein été sous 40° ou en hiver, ou encore après un long voyage en avion ou la position assise aura privilégié la stase de liquide dans les membres inférieurs.
En résumé, gardez à l’esprit que le pied sera un peu plus gonflé à la fin de la journée, lorsque le thermomètre s’affole ou dans toute condition diminuant le retour veineux des pieds au coeur.
Ces différentes conditions d’essayage peuvent amener à une variation de pointure d’environ une largeur, ce qui est loin d’être anodin. Une paire tout juste étroite essayée un soir d’été est probablement à la bonne taille, une paire tout juste étroite essayée un matin d’hiver est probablement trop petite.
2. Comment choisir ma pointure ?
Il n’y a pas de miracles ; une paire de chaussure doit être essayée (les deux pieds bien évidemment). Si vous n’avez pas encore l’habitude de la sensation qu’une chaussure adaptée procure, n’hésitez pas à faire plusieurs essayages (à différents moments de la journée, par exemple). Demandez également au vendeur de vous mettre à disposition, lorsque cela est possible, plusieurs demi-pointures ou largeurs différentes, pour exercer vos sensations. Une bonne enseigne ne vous en voudra jamais, pour peu que vous soyez respectueux des produits présentés (i.e évitez de les ruiner en essayant de rentrer dedans si c’est 2 pointures trop petit).
Une fois la chaussure au pied, assurez-vous que la paire n’est pas trop longue ou trop courte. Si, en charge (debout) vous arrivez à avancer le pied suffisamment pour passer un doigt à l’arrière du pied, c’est trop grand. A l’inverse, si en déroulant le pied vous touchez l’avant, c’est trop petit. Ces deux situations sont rédhibitoires : une chaussure trop grande vous fait manquer de soutien ou de tenue, et qu’une chaussure trop petite vous fera atrocement souffrir. Dans les deux cas, essayez une autre pointure.
Ensuite, vérifiez l’avant-pied. Il s’agit d’observer et de toucher si il y a suffisamment de matière à la largeur et à la hauteur. En clair, au point le plus large de votre pied, vous ne devriez pas avoir de point de pression douloureux mais tout juste sentir vos orteils sous le cuir. De plus, il ne devrait pas avoir assez de cuir pour le ramener entre deux doigts ; cela signifierait un excès de matière en hauteur ou en largeur, synonyme de plis d’aisance trop importants et de perte de soutien.
Enfin, vérifiez que partout ailleurs la chaussure offre suffisamment de soutien, sans soumettre votre pied à sa pression. Cela est particulièrement valable pour la cambrure ou le cou de pied. N’hésitez pas à vérifier également ces points en marchant (le pied avance à la marche).
Rappelez-vous également qu’au départ, l’erreur fait partie de l’apprentissage. Ne vous focalisez donc pas trop, et prenez le risque de vous tromper. Un bon cordonnier pourra toujours rectifier une légère erreur de choix, et vous ne choisirez que mieux à l’avenir.
Un dernier mot : quand vous essayez une paire de souliers, veillez à porter les chaussettes appropriées. Des souliers de ville se portent généralement avec des bas en fil, et des brodequins de marche avec des chaussettes en laine.
3. Mes deux pieds sont-ils identiques ?
Non. Pour la grande majorité, cette inégalité physiologique n’aura aucune conséquence. Pour ceux dont un pied sera particulièrement différent de l’autre (notamment suite à une fracture/déformation/opération), il peut être utile de commander deux pointures/largeurs différentes lorsque cette option est prévue par le chausseur ou de demander à un bon cordonnier de fixer une demi-première de propreté à l’avant d’épaisseur variable ou un glissoir pour compenser les écarts des deux pieds.
4. Dois-je être 100% confortable dès les premier port ?
Comme le disent tous les vendeurs, il est exact que les chaussures vont se détendre. Cela est particulièrement vrai pour les chaussures en montage Goodyear, pour trois raisons principales. Premièrement, ce montage comprend une épaisseur intermédiaire en pâte de liège qui a tendance à se tasser selon vos points d’appui. Deuxièmement, la rigidité de la structure Goodyear s’estompe après quelques ports et la chaussure gagne donc en confort. Enfin, le cuir, pour peu qu’il soit de bonne qualité et correctement utilisé lors du montage de la chaussure, gagne légèrement en volume après quelques ports. Attention toutefois : une chaussure gagnera toujours un peu en hauteur et en largeur après quelques ports, jamais en longueur. Un léger inconfort à la largeur est donc tolérable, pas à la longueur.
En pratique, dites-vous qu’une chaussure Goodyear 100% confortable dès les début sera peut-être trop grande après quelques ports. Sans être doloriste ou masochiste, si vous pensez pouvoir marcher quelques heures dans une chaussure neuve, même si elle n’est qu’à 80% confortable, il y a de grandes chances que la pointure soit en réalité parfaite.
Pour tous les montages moins structurés que le Goodyear (Blake principalement), le confort doit être immédiat dès le premier port. En effet, il y a moins d’éléments qui vont gagner en confort ou s’élargir qu’en Goodyear.
Dernière remarque : le cuir de la semelle va travailler au même titre que le cuir de la tige. Ne vous étonnez donc pas si sur une semelle neuve, votre pied déchausse d’un tout petit rien. Cela est dû au fait que votre pied déroule mais que la semelle, encore très rigide, reste raide. Cela s’estompera également avec les premiers ports.
5. Un conseil de dernière minute ?
Last, but not least.
Il n’est pas un pied humain qui soit semblable à un autre. Au-delà des considérations de taille et de largeur, le volume que représente le pied peut être entre autre osseux, graisseux, sec, ou une combinaison de tout ça. A l’inverse, les formes à monter utilisées par l’industrie sont standardisées, adaptées pour le plus grand nombre, et par là-même adaptée à personne.
Dans le choix d’une paire de chaussure adaptée, l’étape la plus difficile (car probablement la plus déplaisante) est de savoir reconnaître quelles formes sont adaptées à son pied. Même si vous détestez les derbys, ils seront plus adaptés si vous avez le pied fort. Même si vous adorez les formes à rallonge, il vous faudra vous rendre à l’évidence et choisir une forme ronde si votre pied est court et large. Gardez à l’esprit que votre pied n’est pas fait pour toutes les formes, et que c’est la chaussure qui doit convenir à votre pied et non l’inverse.